Bilan carbone : et si ce n’était pas une contrainte écologique, mais un outil de valorisation économique ?

emission co2

Longtemps perçu comme un outil environnemental ou réglementaire, le bilan carbone est en réalité un puissant révélateur économique. En analysant les émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise, on analyse aussi ses flux d’énergie, de matières, d’achats, de transport et de production. Autrement dit : ses dépendances, ses coûts cachés, ses vulnérabilités et ses marges d’optimisation. Pour une PME, une ETI ou un industriel, le bilan carbone peut ainsi devenir bien plus qu’un document RSE : un levier de réduction des charges, de pilotage stratégique et de valorisation financière.

Chez PractiGREEN, nous sommes convaincus qu’avant de réduire un impact, corriger une trajectoire ou transformer une organisation, il faut d’abord savoir mesurer correctement ce que l’on cherche à comprendre. En tant que structure fondée par 3 docteurs en sciences, nous abordons le bilan carbone comme un diagnostic scientifique des flux de l’entreprise : énergie, matières, achats, transports, déchets, immobilisations, usages. Comme en médecine, il s’agit d’abord d’objectiver via un bon diagnostic, puis de proposer un traitement et un suivi pour une amélioration continue et évolutive. Le bilan carbone n’est donc pas seulement un outil environnemental : bien utilisé, il peut devenir un outil économique, stratégique et financier.

Mots-clés : bilan carbone, BEGES, stratégie bas carbone, RSE, ESG, valorisation d’entreprise, banques, financeurs, assureurs, ACV, business model.

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Introduction : Et si le bilan carbone était aussi un outil économique ?

Pour beaucoup d’entreprises, le bilan carbone reste perçu comme une obligation réglementaire, un exercice RSE ou un support de communication. Cette perception est compréhensible, mais elle est incomplète. Un bilan carbone bien réalisé ne consiste pas seulement à additionner des tonnes de CO2 équivalent. Il permet de comprendre comment l’entreprise fonctionne concrètement: ce qu’elle consomme, ce qu’elle achète, ce qu’elle transporte, ce qu’elle transforme, ce qu’elle immobilise, ce qu’elle jette et ce dont elle dépend, et donc ses degrés de souveraineté/fragilités.

C’est précisément pour cette raison qu’il peut devenir un outil de lecture du business model. Les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas seulement des impacts environnementaux. Elles sont souvent le symptôme de dépendances économiques, énergétiques, logistiques ou matérielles. Là où la comptabilité financière voit des charges, le bilan carbone peut révéler des vulnérabilités et des leviers d’optimisation, des économies à réaliser et des stratégies de résilience à mettre en œuvre.

Notre parti pris est donc clair : le bilan carbone ne doit pas être abordé comme une contrainte écologique isolée, mais comme un outil de pilotage économique. Il permet de mieux comprendre où l’entreprise perd de la valeur, où elle peut réduire ses coûts, où elle doit sécuriser ses approvisionnements, et comment elle peut renforcer sa crédibilité auprès de ses clients, financeurs, assureurs ou investisseurs.

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De quoi parle-t-on vraiment lorsque l’on parle de bilan carbone ?

Dans le langage courant, l’expression « bilan carbone » est souvent utilisée pour désigner toute démarche de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre. En réalité, plusieurs cadres coexistent. Le BEGES, ou bilan des émissions de gaz à effet de serre, correspond au cadre réglementaire français. Il vise à quantifier les émissions directes et indirectes significatives d’une organisation et à construire un plan d’action pour les réduire. [1]

Le Bilan Carbone® est une méthode historiquement développée par l’ADEME et Jean-Marc Jancovici, aujourd’hui développée et mise à jour par l’Association pour la transition Bas Carbone. Cette méthode permet de quantifier les émissions de gaz à effet de serre et de structurer une trajectoire de réduction pour des organisations, produits ou territoires. [3]

À l’international, le GHG Protocol constitue également un référentiel majeur pour la comptabilité et le reporting des émissions des entreprises. Il couvre les principaux gaz à effet de serre et structure notamment les émissions en scopes 1, 2 et 3 du GHG Protocol : émissions directes, émissions liées à l’énergie achetée, puis autres émissions indirectes amont et aval. [4]

Au-delà des différences méthodologiques, l’enjeu reste le même : comprendre comment une organisation émet, où se situent ses principaux postes d’impact, et ce que ces émissions révèlent de ses flux économiques.

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À qui s’adresse un bilan carbone ?

Le bilan carbone concerne d’abord les organisations directement soumises à une obligation réglementaire. En France, le BEGES est notamment obligatoire pour les entreprises de plus de 500 salariés en métropole et de plus de 250 salariés en outre-mer. Il concerne aussi certaines personnes morales de droit public, selon des seuils et périodicités spécifiques. [1]

Depuis les évolutions réglementaires de 2022, la comptabilisation et la déclaration des émissions indirectes significatives, incluant le scope 3, ont été renforcées pour les acteurs soumis au BEGES. Cette évolution est importante : elle rappelle que les émissions les plus structurantes d’une organisation peuvent se situer au-delà de ses seuls murs, dans ses achats, ses usages, sa logistique ou sa chaîne de valeur. [2]

Mais il serait réducteur de limiter le bilan carbone aux seules organisations obligées. Une PME ou une ETI peut ne pas être directement concernée par l’obligation réglementaire, tout en étant fortement exposée aux attentes de son écosystème : clients, grands donneurs d’ordre, appels d’offres, banques, investisseurs, assureurs, partenaires industriels ou collectivités.

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), qui encadre le reporting de durabilité des entreprises concernées à l’échelle européenne, impose aux sociétés dans son périmètre de publier des informations selon les standards européens ESRS (European Sustainability Reporting Standards). Même lorsque des entreprises plus petites ne sont pas directement visées, elles peuvent être sollicitées par leurs clients ou donneurs d’ordre eux-mêmes soumis à ces exigences. [5]

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Autrement dit, presque toutes les entreprises peuvent y trouver un intérêt, mais pas pour les mêmes raisons.

  • Pour une entreprise industrielle

    le bilan carbone permet souvent d’analyser les consommations énergétiques, les procédés de production, les achats de matières premières, les pertes matières, les emballages, les transports entrants et sortants, ou encore les déchets de production. Il devient alors un outil pour identifier des leviers d’efficacité énergétique, d’optimisation matière et de réduction des charges.

  • Pour une entreprise du bâtiment, des travaux publics ou de l’immobilier

    il permet de mieux comprendre le poids des matériaux, des chantiers, des déplacements, des engins, de l’énergie consommée sur site ou encore de l’exploitation des bâtiments. Dans ces secteurs, le carbone devient aussi un enjeu commercial, notamment dans les appels d’offres, les marchés publics, les démarches bas carbone et les attentes croissantes des maîtres d’ouvrage.

  • Pour une entreprise de transport, de logistique ou de distribution

    le bilan carbone met en évidence les dépendances aux carburants, aux tournées, aux distances parcourues, au taux de remplissage, au stockage, au froid ou aux modes de livraison. Il peut donc aider à repenser les flux, optimiser les trajets, réduire certaines charges et anticiper l’évolution des attentes clients.

  • Pour une entreprise agroalimentaire ou agricole

    il permet d’analyser les consommations d’énergie, les intrants, les emballages, la chaîne du froid, les transports, les déchets organiques, les coproduits ou encore la valorisation de la biomasse. Dans ces activités, il peut devenir un point d’entrée vers des sujets très concrets : réduction des pertes, méthanisation, valorisation des déchets, optimisation de l’eau, efficacité énergétique ou circuits de proximité.

  • Pour une entreprise de services, de conseil, du numérique ou de l’ingénierie

    les émissions directes sont parfois limitées, mais le bilan carbone reste pertinent. Les principaux postes peuvent alors être les achats, les déplacements professionnels, les trajets domicile-travail, les bureaux, les équipements informatiques, les serveurs, les usages numériques ou les prestations sous-traitées. Il permet de structurer une démarche RSE crédible, notamment lorsque l’entreprise répond à des appels d’offres ou travaille avec de grands comptes.

  • Pour une entreprise événementielle, culturelle, touristique ou hôtelière

    le bilan carbone permet d’objectiver l’impact des déplacements des publics, des visiteurs ou des participants, de l’énergie consommée, de la restauration, des déchets, des achats, des décors, des supports de communication, de l’hébergement ou de la logistique. Il devient un outil de différenciation, mais aussi de pilotage opérationnel, notamment dans les démarches d’éco-conception ou de certification.

  • Pour une collectivité, un établissement public, une université, un hôpital ou une structure parapublique

    il permet de mieux piloter les consommations énergétiques, les bâtiments, les achats, les mobilités, la restauration, les déchets, les équipements et les politiques internes. Le bilan carbone peut alors devenir un outil de planification, de dialogue avec les usagers et de cohérence avec les engagements territoriaux.

  • Enfin, pour une PME en croissance, une entreprise en levée de fonds ou une société en préparation de cession

    le bilan carbone peut jouer un rôle stratégique. Il permet de documenter les risques, de montrer la maturité de gestion, d’objectiver les dépendances du modèle économique et de rassurer des clients, banques, assureurs, investisseurs ou repreneurs.

 

Le carbone comme révélateur des dépendances économiques

Une entreprise n’émet pas des gaz à effet de serre par hasard. Elle émet parce qu’elle produit, achète, transporte, chauffe, refroidit, stocke, vend, livre, investit ou organise des déplacements. Les émissions racontent donc quelque chose de très concret sur l’activité.

Elles peuvent révéler une dépendance forte à l’énergie, une exposition aux prix du carburant ou de l’électricité, une chaîne d’approvisionnement longue, une logistique coûteuse, des procédés industriels énergivores, des déchets traités comme des charges ou encore des achats indirects significatifs.

Le bilan carbone permet ainsi de poser une question économique fondamentale : où l’entreprise consomme-t-elle de la valeur pour produire son activité ? C’est à ce niveau que la démarche devient stratégique. Une partie des émissions correspond souvent à des flux qui coûtent cher. Réduire certaines émissions peut donc aussi revenir à réduire certaines charges, à condition de travailler sur les bons leviers.

 

Ce que le bilan carbone permet réellement de faire

Un bilan carbone bien mené permet d’abord de quantifier. Il donne un ordre de grandeur, poste par poste, des émissions associées à l’activité. Cette quantification évite de piloter à l’intuition. Beaucoup d’entreprises pensent connaître leurs principaux impacts, mais les résultats peuvent être contre-intuitifs : le poste le plus visible n’est pas toujours le plus significatif.

Il permet ensuite de hiérarchiser. Toutes les actions ne se valent pas. Certaines sont très visibles mais peu transformatrices ; d’autres sont plus techniques, moins « sexy » en matière de communication, mais beaucoup plus structurantes. Un bon bilan carbone doit donc aider à distinguer les actions rapides, les investissements utiles, les transformations de fond et les sujets pour lesquels la qualité de la donnée doit d’abord être améliorée.

Enfin, il permet de construire une trajectoire. Le plan d’action ne doit pas être une liste d’intentions générales, mais une stratégie priorisée, documentée, suivie et articulée avec les moyens réels de l’entreprise. Le bilan carbone n’a de valeur que s’il devient un support de décision et pilotage.

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Ce que le bilan carbone ne permet pas de faire

La rigueur impose aussi de dire ce qu’un bilan carbone ne permet pas de faire. Un bilan carbone ne réduit aucune émission par lui-même. Il ne transforme pas une entreprise par magie. Il ne remplace pas une stratégie. Il ne garantit pas un retour sur investissement. Il ne suffit pas à prouver qu’une entreprise est responsable. Il ne donne pas non plus une vision complète de tous les impacts environnementaux, sociaux et économiques.

Le carbone est un indicateur central pour comprendre la contribution d’une activité au changement climatique. Il présente aussi l’avantage d’être transversal : lorsqu’on réduit certaines consommations d’énergie, certains transports ou certaines pertes matières, on peut générer des co-bénéfices sur d’autres sujets. Mais il ne faut pas confondre carbone et environnement.

Une décision favorable au climat peut parfois avoir des effets plus ambigus sur d’autres dimensions : pression accrue sur certaines ressources, transfert de pollution, tensions sociales, dépendances industrielles nouvelles ou impacts territoriaux déplacés. L’amélioration de l’équation carbone peut, dans certains cas, dégrader d’autres dimensions environnementales, sociales, sociétales ou économiques.

C’est pourquoi le bilan carbone ne remplace pas une analyse de cycle de vie (ACV) complète. L’ACV est une approche normalisée, fonctionnelle, multicritère et fondée sur l’ensemble du cycle de vie. Elle permet d’évaluer plusieurs catégories d’impacts environnementaux au-delà du seul changement climatique : ressources, eau, pollutions, santé humaine, écosystèmes, usages des sols, entre autres selon les méthodes utilisées. [6][10]

Chez PractiGREEN, nous considérons donc le bilan carbone comme un très bon outil de première lecture stratégique, mais pas comme une grille unique et absolue. La mesure doit éclairer la décision, pas la remplacer. C’est pourquoi il faut s’appliquer à réaliser, ou faire réaliser, son bilan carbone en ayant une vision systémique et intégrée des enjeux pour s’assurer de ne pas prendre de « fausses-bonnes » décisions. Ainsi, dans une démarche stratégique et intelligente, un bilan carbone doit s’accompagner d’un plan d’action, pour ne pas gâcher cette investissement et tomber dans le « bullshit carbone » tel qu’exposé à la partie suivante.

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Les principaux risques de “bullshit carbone”

  1. Le premier risque est celui du bilan carbone vitrine : l’entreprise mesure, communique, mais ne transforme rien. Dans ce cas, le bilan devient un support de communication plutôt qu’un outil de pilotage.
  2. Le deuxième risque est celui de la compensation utilisée comme raccourci. Compenser peut avoir un rôle dans certaines stratégies, mais cela ne doit jamais remplacer la réduction réelle des émissions à la source. Il vient même en dernier dans le triptyque « éviter, réduire, compenser ».
  3. Le troisième risque est celui du périmètre trop restreint. Un bilan limité aux émissions directes et à l’énergie peut être insuffisant pour de nombreuses entreprises, surtout lorsque les achats, les matières premières, les transports, les usages ou les immobilisations représentent l’essentiel de l’empreinte. C’est précisément la raison pour laquelle les émissions indirectes significatives sont devenues centrales dans les cadres de reporting et de comptabilité carbone. [2][4]
  4. Le quatrième risque est celui de la fausse précision. Un bilan carbone repose toujours sur des données, des hypothèses, des facteurs d’émission et des approximations. L’objectif n’est pas d’obtenir une précision artificielle au kilogramme près, mais de produire une estimation robuste, transparente et utile à la décision.
  5. Le cinquième risque est celui de la confusion entre indicateur et stratégie. Connaître son empreinte ne dit pas automatiquement quoi faire. Il faut ensuite croiser les résultats avec la réalité économique, technique, sociale et commerciale de l’entreprise.

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Autre point de vigilance à avoir en tête, c’est ce qui a été conceptualisé par Charles Goodart et sa loi :

« Quand une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une bonne mesure. »

Cette formulation célèbre est généralement attribuée à l’anthropologue Marilyn Strathern, qui synthétisait en 1997 une idée formulée par l’économiste britannique Charles Goodhart. La formulation originale de Goodhart, en 1975, était plus technique : « Toute régularité statistique observée tend à s’effondrer dès lors qu’une pression est exercée sur elle à des fins de contrôle. »

Autrement dit : dès qu’un indicateur devient une cible à atteindre, les acteurs adaptent leurs comportements pour améliorer l’indicateur, parfois au détriment de la réalité qu’il était censé mesurer.

Appliquée au Bilan Carbone, mais aussi à la RSE : si l’on fixe uniquement comme objectif le nombre d’actions réalisées, l’entreprise risque de multiplier les petites actions faciles à comptabiliser, sans nécessairement améliorer son impact réel. De même, dès que la réduction des émissions chiffrées devient une fin en soi, on risque d’optimiser l’indicateur plutôt que de transformer réellement les activités et leurs impacts, au service d’une réelle durabilité.

Et chez PractiGreen , la prudence vis-à-vis de ce point de vigilance est bien présent dans nos démarches et approches.

 

Les co-bénéfices stratégiques : clients, banques, financeurs, assureurs, investisseurs

Le bilan carbone est souvent présenté comme un outil de réduction environnementale. Mais pour une entreprise, ses bénéfices peuvent dépasser largement le sujet climatique.

D’abord, il renforce la crédibilité auprès des clients et donneurs d’ordre. De plus en plus d’entreprises doivent rendre compte de leurs impacts environnementaux et sociaux. Dans ce contexte, elles interrogent leurs fournisseurs, sous-traitants et partenaires. Disposer d’un bilan carbone sérieux peut donc devenir un avantage concurrentiel : l’entreprise ne se contente plus d’affirmer qu’elle agit, elle peut documenter son diagnostic et sa trajectoire. [5]

Ensuite, il permet de dialoguer autrement avec les banques. Les établissements financiers sont progressivement amenés à identifier, mesurer, gérer et suivre les risques ESG, y compris les risques climatiques et environnementaux. Les lignes directrices de l’Autorité bancaire européenne insistent précisément sur cette intégration des risques ESG dans la gestion des établissements financiers. [7]

Pour une banque, une entreprise capable de documenter ses dépendances énergétiques, ses principaux postes d’émissions, ses risques de transition et ses leviers d’action peut apparaître comme une entreprise mieux pilotée. Le bilan carbone ne garantit pas un financement, mais il améliore la lisibilité du modèle et la qualité du dialogue. [7]

Les financeurs publics et privés peuvent également y voir un élément de crédibilisation. Lorsqu’une entreprise sollicite un financement pour un projet d’efficacité énergétique, d’éco-conception, de photovoltaïque, d’optimisation logistique ou de transformation industrielle, le bilan carbone peut objectiver le problème traité, le poste visé, le gain attendu et la cohérence du projet dans une trajectoire plus globale.

Les assureurs, eux aussi, s’intéressent à la transformation des risques. L’ACPR (autorité de contrôle prudentiel et de résolution) souligne que les banques et les assurances prennent en compte et gèrent les risques associés au changement climatique ; elle distingue notamment, pour le secteur de l’assurance, les risques physiques, les risques de transition et les risques de responsabilité. [8][9]

Le bilan carbone ne remplace pas une analyse assurantielle, mais il peut devenir un point d’entrée vers une meilleure compréhension de certaines vulnérabilités : dépendance à une énergie, exposition à une chaîne logistique, dépendance à un intrant, risque de continuité d’activité ou exposition réglementaire. Ce sont des sujets économiques autant qu’environnementaux. [8][9]

Enfin, dans une opération de levée de fonds, de transmission ou de cession, l’acquéreur ou l’investisseur n’achète pas seulement un chiffre d’affaires, un portefeuille client ou un EBITDA. Il achète aussi une trajectoire, un niveau de risque, une capacité d’adaptation, une qualité de pilotage et une exposition plus ou moins forte aux contraintes futures (#résilience).

Une entreprise incapable d’expliquer ses dépendances énergétiques, ses émissions ou sa stratégie de transition peut laisser apparaître un angle mort. À l’inverse, une entreprise qui dispose d’un bilan carbone structuré, d’un plan d’action cohérent et d’indicateurs de suivi peut renforcer la confiance, sécuriser une due diligence ESG et améliorer la lisibilité de sa valeur future.

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Réduire les coûts : bénéfice direct, mais à hiérarchiser

L’un des intérêts les plus immédiats du bilan carbone est de faire apparaître des postes d’optimisation. Dans beaucoup d’entreprises, les émissions importantes sont liées à des flux coûteux : énergie, transport, matières premières, achats, déchets, équipements. Les identifier puis les réduire peut donc avoir un effet direct ou indirect sur les charges.

Mais toutes les actions bas carbone ne sont pas rentables à court terme. Certaines nécessitent des investissements importants. Certaines améliorent la résilience (i.e. passages de crises) sans améliorer immédiatement la marge. D’autres ont un intérêt commercial, réglementaire ou patrimonial avant d’avoir un retour économique direct.

C’est pourquoi un plan d’action doit être hiérarchisé selon plusieurs critères : impact carbone, coût de mise en œuvre, retour sur investissement potentiel, faisabilité technique, acceptabilité interne, effet sur les risques, effet sur les charges, effet sur l’image, effet sur la crédibilité et cohérence avec la stratégie de l’entreprise.

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Notre approche : diagnostic, traitement, suivi

Pour qu’un bilan carbone soit utile, il doit s’inscrire dans une démarche complète. La première étape est le diagnostic : comprendre l’activité, le modèle économique, les flux, les contraintes, les données disponibles et les objectifs de l’entreprise.

La deuxième étape est la mesure : collecter les données, documenter les hypothèses, calculer les émissions et produire une lecture fiable des principaux postes. La troisième étape est l’interprétation : traduire les résultats en enjeux opérationnels, économiques et stratégiques.

La quatrième étape est le plan d’action : priorisé, réaliste, chiffré lorsque c’est possible, articulé avec les moyens de l’entreprise. La cinquième étape est le suivi : actualiser les indicateurs, mesurer les progrès, ajuster les arbitrages et ancrer la démarche dans une logique d’amélioration continue.

Comme en médecine, il ne suffit pas de poser un diagnostic. Il faut suivre l’évolution du patient, adapter le traitement et vérifier que les résultats sont bien au rendez-vous.

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Conclusion : Mesurer le carbone, ce n’est pas seulement mesurer un impact

Le bilan carbone est souvent perçu comme un outil environnemental. Il l’est, bien sûr. Mais il est aussi un révélateur de flux, de coûts, de dépendances, de risques et d’opportunités. C’est un outil de dialogue avec les clients, les banques, les financeurs, les assureurs et les investisseurs. C’est un support de crédibilité pour les démarches RSE et ESG. C’est aussi, lorsqu’il est bien exploité, un levier de valorisation économique.

À condition de rester lucide. Le bilan carbone n’est pas une baguette magique. Il ne remplace pas une stratégie, ne résume pas tous les impacts environnementaux et ne garantit pas à lui seul une transformation. Mais il constitue un point de départ solide pour objectiver, prioriser et agir.

Chez PractiGREEN, nous défendons une approche simple :

mesurer sérieusement, interpréter rigoureusement, agir utilement.

Car l’enjeu n’est pas seulement de compter des tonnes de CO2. L’enjeu est de comprendre ce que ces tonnes racontent du modèle économique de l’entreprise, puis de transformer cette compréhension en décisions concrètes, créatrices de valeur, de résilience et d’impact positif. On s’assure donc que la démarche complète soit assurée :

le bilan carbone  +  l’analyse des vulnérabilités  +  le plan d’action  +  le calendrier de suivi

 


BONUS : Comment lire les résultats d’un bilan carbone ?

Question à poser Lecture carbone Lecture économique Décision possible
Où sont les principaux postes d’émissions ? Scopes et postes significatifs Charges, dépendances, exposition Prioriser les zones d’optimisation
Quelles données sont incertaines ? Qualité et disponibilité des données Capacité de pilotage interne Mettre en place un suivi fiable
Quelles actions réduisent aussi les coûts ? Leviers de réduction à impact élevé ROI, économies, résilience Arbitrer les investissements
Quels risques intéressent les parties prenantes ? Risques de transition et dépendances Banques, clients, assureurs, investisseurs Documenter une trajectoire crédible

 

effet serre

(Credits : Commissariat général au développement durable)


Références bibliographiques

Les références ci-dessous ont été intégrées sous forme de citations numérotées dans le texte. Les liens sont cliquables.

[1] Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Comment établir le bilan des émissions de gaz à effet de serre ? https://www.economie.gouv.fr/entreprises/gerer-son-entreprise-au-quotidien/gerer-sa-comptabilite-et-ses-demarches/comment-etablir-le-bilan-des-emissions-de-gaz-effet-de-serre

[2] Ministère de la Transition écologique. Décret bilan des émissions de gaz à effet de serre (BEGES), 11 juillet 2022. https://www.ecologie.gouv.fr/presse/decret-bilan-emissions-gaz-effet-serre-beges

[3] Méthode Bilan Carbone®. Avant-propos : origine de la méthode et rôle de l’Association pour la transition Bas Carbone. https://www.bilancarbone-methode.com/

[4] GHG Protocol. Corporate Standard : accounting and reporting of corporate greenhouse gas emissions. https://ghgprotocol.org/corporate-standard

[5] Commission européenne. Corporate sustainability reporting : CSRD and European Sustainability Reporting Standards (ESRS). https://finance.ec.europa.eu/financial-markets/company-reporting-and-auditing/company-reporting/corporate-sustainability-reporting_en

[6] ADEME. L’évaluation environnementale pour les entreprises : analyse du cycle de vie, approche cycle de vie, multicritère et fonctionnelle. https://economie-circulaire.ademe.fr/evaluation-environnementale

[7] European Banking Authority. Guidelines on the management of ESG risks, 9 January 2025. https://www.eba.europa.eu/activities/single-rulebook/regulatory-activities/sustainable-finance/guidelines-management-esg-risks

[8] Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Le changement climatique : quels risques pour les banques et les assurances ?, 7 février 2025. https://acpr.banque-france.fr/le-changement-climatique-quels-risques-pour-les-banques-et-les-assurances

[9] ACPR. La gouvernance des risques liés au changement climatique dans le secteur de l’assurance, 23 avril 2025. https://acpr.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/la-gouvernance-des-risques-lies-au-changement-climatique-dans-le-secteur-de-lassurance

[10] ADEME. Réalisez l’évaluation environnementale de vos produits : ACV multicritère pour identifier les points chauds et les leviers d’écoconception. https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/conseils/industrie/ecoconception/evaluer

 

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