De nos jours, la transition énergétique ainsi que la préservation de la biodiversité apparaissent comme deux priorités majeures. L’objectif de la transition énergétique est de diminuer la dépendance aux énergies fossiles en développant des sources d’énergies renouvelables telles que le photovoltaïque, l’éolien ou encore les infrastructures hydrauliques. Ces dernières années, les projets se sont multipliés afin de décarboner la production d’électricité et répondre aux enjeux climatiques et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Parallèlement à cet impératif de décarbonation, la préservation de la biodiversité constitue un autre défi majeur de notre époque. Or, le déclin de la biodiversité s’accélère sous l’effet des changements globaux. Si la transition énergétique constitue un levier indispensable pour lutter contre ces derniers, elle soulève également des enjeux importants pour les milieux naturels et les espèces. Entre bénéfices et impacts négatifs, la question se pose : est-il possible de concilier transition énergétique et préservation du vivant ?
Deux enjeux environnementaux parfois en tension
La lutte contre les changements globaux et la protection de la biodiversité ont un objectif commun : préserver les équilibres écologiques à long terme. Ces équilibres correspondent au bon fonctionnement des écosystèmes, aux interactions entre les espèces et leur environnement ainsi qu’aux services qu’ils rendent à la société comme par exemple :
- La pollinisation,
- Le maintien d’un hydro-climat local favorable,
- La qualité des masses d’eau,
- La bonne santé des sols…
La préservation des équilibres écologiques est essentielle pour conserver des milieux naturels résilients, capables de s’adapter aux changements environnementaux et de continuer à soutenir les activités humaines. Pourtant, certains projets de production énergétique ne sont pas sans conséquences sur les milieux naturels.
On cite souvent l’exemple de l’éolien : il est indispensable de bien définir la localisation d’un futur parc éolien afin de ne pas implanter les installations sur un axe de migration ou à proximité d’une zone de reproduction. Cela entraine alors une forte mortalité de l’avifaune et des chiroptères(communément appelées les chauves-souris). Leur présence peut également entraîner une modification des comportements de certaines espèces sensibles au dérangement. Certaines peuvent se mettre à éviter les secteurs situés à proximité des éoliennes, abandonner les zones de reproduction ou d’alimentation, modifier leurs trajectoires de déplacement ou encore augmenter leurs dépenses énergétiques pour contourner les infrastructures. À long terme ces perturbations peuvent réduire le succès reproducteur de certaines populations.
Les chiroptères peuvent mourir sans toucher les éoliennes
On pourrait croire que les chauves-souris retrouvées mortes au pied des éoliennes ont forcément été percutées par les pales. Pourtant, une partie d’entre elles succombe à un phénomène physique : le barotraumatisme.
Lorsque les pales d’une éolienne tournent, elles créent derrière elles des zones à très faible pression atmosphérique. Si une chauve-souris, un animal pesant quelques grammes seulement, traverse cette zone, la chute de pression peut provoquer une dilatation rapide de l’air contenu dans ses poumons. Ce changement de pression résultant en de nombreuses lésions internes parfois mortelles, même sans aucun contact physique avec l’éolienne.
La bonne nouvelle ? Les chercheurs et exploitants développent aujourd’hui des solutions pour limiter ces mortalités, comme le bridage des éoliennes durant les périodes où l’activité des chauves-souris est la plus importante (nuits chaudes et peu venteuses, périodes de migration, etc.).
Un rappel que même les technologies conçues pour protéger le climat doivent être pensées en prenant en compte la biodiversité !
En ce qui concerne le photovoltaïque, la construction d’une centrale au sol nécessite souvent l’artificialisation de la surface où elle sera implantée. La mise en place d’une centrale au sol peut ainsi conduire à la destruction d’habitats et à la fragmentation des paysages. De même, certains projets hydroélectriques modifient le fonctionnement naturel des cours d’eau, perturbant les déplacements des poissons migrateurs et les dynamiques écologiques des milieux aquatiques.
Ces impacts ne remettent pas en cause la pertinence des énergies renouvelables, mais ils montrent que la transition énergétique soulève des enjeux écologiques complexes ² dont la vision systémique est nécessaire pour concilier transition énergétique et préservation de la biodiversité.
Mieux évaluer les impacts
Le sujet donne régulièrement lieu à des oppositions entre porteurs de projet et organisations en charge de la protection de l’environnement. Si l’urgence climatique, le besoin de décarbonation des moyens de production d’énergie, la mise en place d’un mix énergétique harmonisé et l’électrification massive des usages impliquent le déploiement de projets énergétiques, il ne faut néanmoins pas sous-estimer les conséquences néfastes pour les milieux naturels.
Dans ce contexte, les études environnementales jouent un rôle essentiel pour analyser les impacts potentiels et identifier les solutions d’évitement ou de réduction adaptées au territoire concerné.
Le contexte local a aussi son importance car tous les projets n’ont pas le même niveau d’impact écologique.
Un parc photovoltaïque installé sur une friche artificialisée n’aura pas les mêmes enjeux qu’un projet situé dans une zone à forte sensibilité écologique.
De même, les effets d’un parc éolien dépendent fortement des couloirs de migration, des espèces présentes, de la topographie ainsi que des usages du territoire. L’analyse écologique ne peut donc pas être standardisée. Elle doit s’appuyer sur des inventaires de terrain et une compréhension fine des fonctionnalités écologiques locales.
Qu’est-ce qu’une étude environnementale ?
Les études environnementales sont réalisées en amont des projets d’aménagement afin d’anticiper leurs effets sur les milieux naturels. Elles permettent d’identifier les habitats, les espèces présentes et les fonctionnalités écologiques du site, puis d’évaluer les impacts potentiels du projet.
Selon la nature du projet et les enjeux identifiés, elles peuvent comprendre des inventaires naturalistes (faune, flore, habitats), des diagnostiques écologiques, des études réglementaires dans le cadre de l’évaluation environnementale, ou encore des analyses spécifiques portant sur certaines espèces ou milieux sensibles.
Ces études sont généralement conduites par des bureaux d’études spécialisés comme PractiGREEN, qui réalisent des inventaires de terrain à différentes périodes de l’année afin de prendre en compte les cycles biologiques des espèces. Les résultats servent ensuite à orienter la conception du projet et à définir les mesures de la séquence Éviter-Réduire-Compenser (ERC) lorsque cela est nécessaire.
Vers une meilleure conciliation ?
Plutôt que d’opposer transition énergétique et protection de la nature, il est aujourd’hui nécessaire de rechercher des solutions permettant de répondre simultanément aux deux enjeux. Cette conciliation est non seulement possible, mais elle constitue une condition essentielle pour garantir la durabilité des projets énergétiques.
La réflexion autour du choix des sites d’implantation représente un premier levier majeur. L’installation de panneaux photovoltaïques sur des toitures, des parkings ou des friches industrielles limite fortement la consommation d’espaces naturels et respecte les objectifs de la loi Climat et Résilience. ³
La seconde étape consiste à appliquer rigoureusement la séquence « Éviter, Réduire, Compenser » (ERC) lors de la conception des projets. L’identification préalable des enjeux écologiques permet d’éviter l’implantation d’infrastructures dans les secteurs les plus sensibles. Lorsque les impacts ne peuvent être totalement évités, des mesures de réduction puis de compensation doivent être mises en œuvre.
Qu’est-ce que la séquence ERC ?
La séquence Éviter, Réduire, Compenser (ERC) est un principe fondamental du droit de l’environnement ⁴ appliqué à de nombreux projets d’aménagement. Son objectif est de limiter au maximum les impacts sur les milieux naturels en respectant un ordre de priorité.
- Éviter consiste à supprimer les impacts dès la conception du projet. Par exemple en modifiant son implantation pour préserver une zone humide.
- Réduire vise à limiter les impacts qui ne peuvent être évités, grâce à des adaptations techniques ou des mesures de gestion (calendrier des travaux, dispositifs de protection de la faune, etc).
- Compenser intervient uniquement en dernier recours, lorsque des impacts résiduels significatifs subsistent. Des actions de restauration ou de création de milieux naturels sont alors mises en œuvre afin de compenser les pertes écologiques.
La séquence ERC a un principe essentiel : la compensation ne doit jamais remplacer l’évitement. Plus les enjeux écologiques sont pris en compte tôt dans la conception d’un projet, plus il est possible d’éviter les impacts et de limiter le recours aux mesures compensatoires. (Voir aussi l’article sur le site du Ministère de la transition environnementale.) ⁵
Des innovations techniques permettent également de réduire les impacts sur la faune. Sur certaines éoliennes on peint désormais l’une des pales en noir. Selon une étude norvégienne,⁶ cette simple modification permet d’améliorer le repérage des éoliennes pour certains oiseaux et réduit ainsi le risque de collision jusqu’à 70%. Des tests sont actuellement en cours en France⁷ pour arriver à un consensus sur le type de motifs à employer pour éviter un maximum de collisions avec la faune aviaire présente localement. Dans les milieux aquatiques de nouvelles générations de turbines ichtyocompatibles⁸ sont conçues pour limiter les blessures et la mortalité des poissons lors de leur passage. Grâce à une vitesse de rotation plus faible, des formes de pales optimisées et des écoulements plus doux, elles réduisent les impacts sur les espèces migratrices. De même, l’agrivoltaïsme, lorsqu’il est bien conçu et ne dégrade pas les rendements agricoles, peut-être une réelle solution permettant de combiner production agricole et production d’énergie renouvelable.
Enfin, il est important de rappeler que la meilleure énergie reste celle qui n’est pas consommée. Les efforts en matière de sobriété énergétique et d’efficacité énergétique permettent de réduire les besoins en nouvelles infrastructures tout en limitant les pressions sur les écosystèmes.
Conclusion
La transition énergétique et la préservation de la biodiversité sont deux défis majeurs du XXIe siècle. Si le développement des énergies renouvelables peut générer certains impacts sur les milieux naturels, il constitue également un outil indispensable pour lutter contre le changement climatique, l’une des principales menaces pesant sur le vivant. L’enjeu n’est donc pas de choisir entre énergie et biodiversité, mais de concevoir des projets intégrant pleinement les enjeux écologiques dès leur planification⁹. Grâce à une planification adaptée, à des innovations techniques et à une approche fondée sur la sobriété, il est possible de construire une transition énergétique respectueuse de la biodiversité et véritablement durable.
Plus largement, ces enjeux s’inscrivent dans le cadre des limites planétaires (voir notre article sur les défis environnementaux : https://practigreen.fr/defis-environnementaux-de-vrais-enjeux/), un concept scientifique qui rappelle que le climat, la biodiversité, les ressources en eau ou encore les cycles biogéochimiques sont étroitement liés. Préserver l’un de ces équilibres sans tenir compte des autres ne permet pas de répondre durablement aux défis environnementaux actuels. Une approche globale est donc indispensable pour construire des territoires plus résilients.
Sitographie
⁴ : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000043975398
⁶ : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ece3.6592
⁷ : https://recherche.ademe.fr/mape-perception-par-les-oiseaux-de-pales-deoliennes-peintes


